
Les défilés de mode sont des baromètres des tendances très scrutés car ils participent à la diffusion des codes esthétiques. Pendant des décennies, cette vitrine mondiale du luxe a présenté une vision réductrice des femmes noires et de leurs coiffures naturelles. Et ça change, un peu.
Un héritage en clair-obscur : l’androgynie comme seul modèle Les critiques, bien nourries, ont fusé sur cet appétit des maisons de luxe à montrer des mannequins noirs monochromes, arborant quasi systématiquement la même coupe de cheveux rasée ou très courte. Cette uniformisation réduisait l’image des femmes noires à une vision presque masculine, niant magistralement leur fabuleuse diversité capillaire. Quelques tresses plaquées étaient ajoutées avec parcimonie, mais beaucoup de grandes maisons sont restées dans un clonage rassurant du modèle type popularisé par Alek Wek dans les années 1990. Pour la Gen Z, il faut savoir que seules deux icônes noires ont irradié les podiums de la haute couture de la fin du 20e siècle : Naomi Campbell, la « Black Barbie » par excellence avec son tissage lisse et long, et justement, Alek Wek, la Soudanaise au teint foncé et au crâne rasé, présentant une allure androgyne et une grâce remarquable. Mais où étaient les coupes afro volumineuses ? Les nattes sophistiquées ? Les tresses élaborées et les box braids ? Ces coiffures quotidiennes pour des millions de femmes afro-descendantes, étaient curieusement absentes de cette scène qui prétendait dicter l’élégance mondiale. Le paradoxe actuel : l’inclusion en recul, la créativité capillaire en éveil Alors que les questions d’inclusion et de diversité dans la mode semblent aujourd’hui mises à mal par certains discours politiques, voire simplement rayées de l’ADN éphémère de nombreuses marques de luxe, un frémissement paradoxal commence à faire jour. Et le coup d’envoi de cette révolution silencieuse a été donné par une maison des plus classiques.



