Chaque printemps, les salons du livre fleurissent un peu partout : de Paris à Abidjan, en passant par Dakar et Montréal, plusieurs villes se transforment en capitales éphémères de la lecture. À Paris, le Festival du Livre donne rendez-vous du 17 au 19 avril 2026 au Grand Palais, tandis qu’Abidjan accueille la 16e édition du Salon international du livre du 28 avril au 2 mai 2026. À Montréal, le festival littéraire Metropolis Bleu se tiendra du 23 au 26 avril 2026. Au Salon du Livre Africain de Paris 2026, qui s’est déroulé le week-end des 21 et 22 mars, le public est venu de tout Paris et de sa région pour célébrer les mots : plus de 400 auteur·rices et 150 maisons d’édition, venues d’Afrique, d’Europe, des Amériques et des Caraïbes, ont fait vibrer ce rendez-vous dédié aux littératures du continent et de ses diasporas.
Lire, un refuge nécessaire
Dans un monde de plus en plus brutal et imprévisible, la lecture demeure un refuge, un miroir de ce que nous sommes : des êtres sensibles, traversés par des peurs, des désirs, des contradictions. Le thème générique du Salon du Livre Africain 2026, consacré à la jeunesse, a confirmé une autre tendance forte : de plus en plus de maisons d’édition créent des départements dédiés au jeune public. Les éditeur·rices veulent croire que l’imaginaire des plus jeunes est prêt à accueillir d’autres récits, des histoires d’Afrique situées entre contes, romans et beaux livres exigeants, portés par des personnages qui ont façonné et fasciné le continent depuis plusieurs décennies.
Cotonou, manifeste visuel d’une ville
Autre temps fort que nous avons particulièrement aimé : la remise des prix littéraires. Celui imaginé par La Maison de l’Afrique a retenu toute notre attention. En choisissant de célébrer l’Afrique par l’image et par l’objet-livre, l’institution a donné une visibilité singulière au Prix du Beau Livre Africain 2026, qui met en lumière Cotonou, un ouvrage faisant de la capitale béninoise un véritable manifeste visuel. Au cœur de la 5e édition du Salon du Livre Africain de Paris, le Prix du Beau Livre Africain 2026 a consacré un livre qui célèbre à la fois une ville et un regard africain sur l’Afrique : Cotonou, publié par Malika Éditions. Pensé en partenariat avec La Maison de l’Afrique, ce prix distingue une œuvre où texte, image et conception éditoriale dialoguent étroitement pour proposer une autre manière de raconter le continent, selon ses propres codes esthétiques et ses propres imaginaires. En mettant en lumière Cotonou, La Maison de l’Afrique et le Salon du Livre Africain de Paris valorisent un travail éditorial exigeant : iconographie forte, choix graphiques soignés, attention aux matières et au rythme visuel. Le livre invite à parcourir la capitale économique du Bénin comme un territoire intime : scènes de rue, marchés vibrants, présences féminines, architectures en mouvement composent un portrait sensible d’une ville africaine loin des clichés touristiques.
Nouveaux récits pour un printemps riche en lectures
Côté nouvelles lectures, ce printemps offre justement plusieurs textes qui s’inscrivent dans cette actualité littéraire foisonnante. Avec Ma chérie, court texte publié aux éditions L’Arbre vengeur, Marie NDiaye explore la violence conjugale à travers le monologue d’un homme abandonné, dont le « ma chérie » répété devient le révélateur d’une emprise sourde et d’un imaginaire profondément patriarcal. Un livre bref, mais d’une intensité rare, qui interroge les mécanismes de la domination et la difficulté pour les femmes de se soustraire à des récits où elles ne sont vues que comme des objets d’amour ou de colère. À cette voix déjà incontournable répond, du côté camerounais, Espoir de Djaïli Amadou Amal, publié aux Éditions Emmanuelle Collas. Lauréate du prix Goncourt des lycéens pour Les Impatientes, l’autrice signe ici un roman intime, qui interroge ce que veut dire tenir debout, rêver et résister quand on vient d’un territoire marqué par les violences de genre, la pauvreté et les injonctions sociales. En tissant la parole des femmes, la mémoire familiale et la quête d’une dignité possible, Djaïli Amadou Amal propose un texte qui parle autant aux jeunes lectrices et lecteurs d’Afrique qu’aux diasporas, et qui s’impose déjà comme une lecture-clé de ce printemps.




