
Quand une série devient un choc culturel panafricain
Née en 1989 à Dakar d’un père sénégalais et d’une mère maroco-algérienne, Halima Gadji n’a jamais suivi un chemin balisé. Elle quitte l’école très jeune, animée par la conviction profonde de devenir actrice. Le mannequinat et la publicité la mènent d’abord devant la caméra, avant qu’Abdoulahad Wone ne lui confie un rôle marquant dans la saison 2 de la série Tundu Wundu (2016). La consécration arrive en 2019 avec Maîtresse d’un homme marié. Elle y incarne Marème Dial, une femme ambitieuse et transgressive, en couple avec un homme marié. Dans un Sénégal encore largement conservateur, la série provoque un véritable séisme culturel. Très vite, elle dépasse les frontières nationales pour toucher un public panafricain et diasporique, devenant un miroir brut des contradictions contemporaines autour du mariage, du désir et de la place des femmes.Dire la dépression, la bipolarité et survivre au regard public
Mais l’héritage le plus profond d’Halima Gadji dépasse le cadre du jeu d’actrice. Très tôt, elle a choisi de parler à visage découvert de sa santé mentale. Elle confiait souffrir de dépression depuis l’âge de 11 ans, évoquant des « bouffées suicidaires, non pas pour en finir avec la vie, mais pour arrêter une douleur insupportable », disait-elle. Elle avait également décrit sa bipolarité, regrettant l’enfermement social que la société lui imposait en raison de cette maladie, comme c’est encore le cas pour de nombreux troubles mentaux. Dans le documentaire Don’t Call Me Fire (2021), comme sur ses réseaux sociaux, elle racontait sans fard la pression sociale, l’hyper-exposition médiatique, son bégaiement longtemps perçu comme un handicap dans l’industrie cinématographique, et la violence symbolique exercée sur les femmes publiques sommées d’être irréprochables.

