
Spike Lee, Ciara et Lauryn Hill ouvrent une nouvelle page entre l’Afrique et ses diasporas, malgré les défis complexes.
Quand Ciara, la chanteuse R&B aux 23 millions d’albums vendus et épouse du quarterback Russell Wilson, a reçu la nationalité béninoise dans une cérémonie solennelle à Cotonou il y a quatre jours, l’émotion était palpable. Quelques semaines plus tôt, c’est Spike Lee, le réalisateur oscarisé de « BlacKkKlansman » et figure emblématique du cinéma noir américain depuis « Do the Right Thing » (1989), qui était nommé, avec son épouse Tonya Lewis Lee, porte-voix du Bénin auprès des Afro-Américains. Puis Lauryn Hill, portant tresses perlées et boubou lumineux, a fait son pélérinage dans la foulée sur les terres du vaudou. Ces gestes spectaculaires et à forte portée médiatique masquent pourtant une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Le Ghana, qui a lancé sous la houlette de l’ex-président Nana Akufo-Addo, son programme « Year of Return » en 2019, revendique 3 000 nouveaux résidents permanents et 1,9 million de visiteurs en quatre ans. Le Bénin, tout nouveau dans ce process, ne communique pas encore sur les retombées de sa politique.
Abdoulaye, moto-taxi à Ouidah, tempère : « Les touristes viennent, se recueillent, repartent. Mais combien investissent vraiment ici ? La plupart découvrent que s’installer en Afrique, c’est plus compliqué qu’un voyage mémoriel. »
L’initiative béninoise soulève une question fondamentale : comment concilier réparation historique et équité sociale ? L’expérience libérienne montre que les bonnes intentions peuvent déraper quand les nouveaux arrivants se coupent des réalités locales. Le défi pour le Bénin sera de faire de cette citoyenneté symbolique un véritable pont entre communautés, et non un nouveau facteur de division. Car au-delà des cérémonies émouvantes et des déclarations d’amour à la terre-mère, c’est bien la capacité du pays à intégrer harmonieusement ces « nouveaux citoyens » qui déterminera le succès de cette ambitieuse réconciliation avec l’Histoire.
Le coup de projecteur sur la nouvelle citoyenneté de la chanteuse Ciara et sur le statut d’ambassadeur de Spike Lee et de son épouse, la venue de la chanteuse Lauryn Hill, belle-fille de Bob Marley sont des éléments de communication extrêmement positifs pour le pays. A l’heure où d’autres contrées se ferment aux étrangers, font la chasse aux émigrés en laissant un racisme outrancier s’exprimer, la décision béninoise apparaît comme une bouffée d’oxygène et d’espoir bien trop rare en ces temps déchirés et particulièrement nauséabonds.

